Parole de Priscilla Gissot, photographe thérapeute

Parole de photographe, c’est un entretien privilégié avec un photographe professionnel au savoir-faire affirmé. L’occasion de découvrir le parcours, le quotidien et les réalisations d’un photographe inspirant.

Pour ce dix-neuvième Parole de Photographe, nous recevons Priscilla Gissot, photographe thérapeute, à la découverte de cette discipline alliant savoir-faire photographique et démarche thérapeutique autour de l’estime de soi.

Son parcours

Bonjour Priscilla, nous sommes ravis de t’accueillir aujourd’hui pour découvrir la photographie thérapeutique. Derrière cette appellation se cache une discipline à la croisée des chemins, qui va bien au-delà de la simple réalisation de jolis portraits.

Avant de nous présenter plus en détail les tenants et aboutissants de la photographie thérapeutique, pourrais-tu te présenter ?

Bonjour Pierre-Louis, je m’appelle Priscilla Gissot, je vis et travaille à Flassans-sur-Issole, un petit village provençal du Var. Je suis photographe professionnelle depuis 2009 : j’ai débuté par le mariage et le portrait en studio puis, un jour, ce que j’ai compris être de la photographie thérapeutique.

J’aime l’image, mais par dessus tout j’aime aider les gens à se sentir mieux parce que cela m’aide à me sentir bien moi-même. Au fil des séances, j’ai découvert que la photographie apportait plus que de magnifiques souvenirs à certaines personnes. Elle leur permettait de voir autre chose en elles (j’ai d’abord travaillé principalement auprès des femmes) de voir d’autres facettes d’elles mêmes, de s’accepter et s’aimer à nouveau.

La photographie thérapeutique : renforcer l’estime de soi par l’image de soi

Pour les lecteurs découvrant à travers cet article la photographie thérapeutique, pourrais-tu nous renseigner sur la situation de cette pratique en France : s’agit-il d’une discipline confidentielle, en plein essor ? Où est-elle née ? Est-elle encadrée par une législation particulière ?

Quelle bonne question! Nous n’étions, il y peu, qu’une poignée de photographes à utiliser cette appellation. Petit à petit, d’autres ont amené leur touche, leur façon de voir les choses mais nous restons peu nombreux encore aujourd’hui. Certains utilisent aussi la dénomination de photographie « boudoir », qui peut effectivement aussi amener du bien-être suivant les cas. Cela dépend de ce que cherche la personne, il faut juste s’adapter et rester vigilants vis-à-vis des histoires que l’on reçoit et de ce que l’on va montrer à une personne fragile.

Il m’est déjà arrivé de refuser de faire des séances, principalement lorsque celles-ci sont offertes à l’insu de la personne sans qu’elle l’ait demandé. Le choc peut être important, ou la séance complètement ratée si la cliente n’est pas bien informée. Le plus compliqué est d’amener une bonne explication de ce qui est fait lors d’une séance : l’approche et l’écoute sont deux processus importants pour moi, également l’éthique et le fait d’être conscient que l’on n’est pas  thérapeute parce qu’on fait de la photographie thérapeutique.

Il n’y a, à ce jour, aucune législation autour de ce terme, et ce serait bien difficile d’en mettre dessus, quand on n’en a ni sur le métier de photographe ni sur divers métiers de la thérapie douce.

Entrons dans le vif du sujet : depuis combien de temps pratiques-tu la photographie thérapeutique ? Quel événement t’a amené à t’intéresser à cette discipline ?

En 2012, j’ai démarré mon offre de ce qui allait devenir la photographie thérapeutique, sans vraiment le savoir. Ce sont les clientes qui m’ont fait comprendre ce que ça leur apportait. Moi même en plein travail de développement personnel, j’ai voulu creuser et apporter un peu plus qu’une simple séance portrait. Petit à petit, je suis passée de séance « beauté et bien-être » à des séances plus recherchées et qui ont attiré des personnes ayant besoin de finaliser un travail sur elles-mêmes.

Clairement la photographie est thérapeutique, n’importe quel photographe peut vous le dire, reste à savoir jusqu’où on peut accompagner les personnes dans leur processus. Je suis thérapeute depuis un an et demi, encore en formation pour finaliser mon école. Je suis en niveau 2/3 à l’école de thérapie intuitive. J’ai voulu creuser un peu plus dans les ressources  énergétiques, le conscient et l’inconscient de  l’humain, et ainsi apporter un peu plus à mes clients. Par contre, la séance photo reste une séance  photo : étudiée, cadrée, agrémentée de questionnements et de « jeux » pour faire sortir le lâcher prise, mais une séance photo.

Pourrais-tu nous décrire le déroulement d’une séance ?

Suivant les séances « homme », « femme » ou « ado », ce n’est pas tout à  fait la même chose. Certaines séances concernent aussi des associations, des personnes malades ou en grosses difficultés dont les processus sont  complètement différents.

Si l’on prend les plus courantes chez moi, les Séances « Être une Femme », qui s’adressent à des femmes souhaitant retrouver leur féminité suite à des complexes, divorces ou autre, nous sommes dans un travail sur le féminin. Clélia Guilbot ma collaboratrice maquilleuse-coiffeuse, se charge donc de révéler leur beauté, de mettre en valeur leurs qualités, pour qu’elles les regardent enfin un peu plus que leurs défauts (existants certes comme tout le monde).

Ensuite, une discussion ouverte, une bonne écoute et un questionnaire m’aident à composer ma séance. Et suivant les cas, on va travailler en séance studio différemment, avec toujours :

  • une première étape simple « pour faire connaissance »,
  • une étape « lâcher prise »,
  • une étape « portrait,
  • une étape « glamour » (selon les envies et limites de la cliente).

Pour ma part, j’ai choisi de faire le traitement des images de suite après la séance, pendant un moment détente pour elle, puis la projection des images en grand écran qui reste aussi un moment de déclic puissant.

Quels sont les profils types faisant appel à la photographie thérapeutique ? As-tu vu une évolution des demandes depuis que tu proposes cette discipline ?

Il peut y avoir de nombreux profils, je le disais au-dessus, du client « particulier » femme, homme ou ado, mais également des associations de personnes malades, ou en  difficultés de vie. Chez les  particuliers, ce sont principalement les complexes qui amènent à ce type de séance : affronter son image, vouloir se voir beau/belle. Beaucoup de divorces et de  séparations où l’on a besoin de retrouver la confiance en soi, l’âge et le changement de corps. J’interviens également sur la place des hommes, et l’acceptation de son corps pour les ados.

Depuis que j’ai apposé le terme d’abord de photo-thérapie (qui au final ne me convenait pas car je le redis : c’est la photographie qui est thérapeutique et je ne voulais pas à ce moment-là me faire passer pour thérapeute alors que je ne l’étais pas) puis de photographie  thérapeutique, terme plus juste à mon avis, j’ai vu vraiment la clientèle évoluer. Une  communication importante et claire fait aussi beaucoup dans l’évolution de ma clientèle. Mon studio n’ayant pas du tout pignon sur rue, et dans un tout petit village, j’ai des femmes de partout en France qui viennent pour ce type de séances.

Au-delà de la pratique de la photographie thérapeutique, tu proposes depuis peu de former d’autres photographes professionnels à cette discipline. Comment t’est venue l’envie de ce projet ? Comment l’as-tu mis en pratique ? Quel est le contenu de cette formation ?

Le Workshop E.S.T.I.M. a été créé tout simplement à la demande de plusieurs collègues photographes. Je n’avais pas trop idée de comment amener ça. Il a donc fallu que je décortique tout mon process : il m’est alors apparu, que la partie de Clélia (la maquilleuse coiffeuse) avait largement son importance. Elle fait donc partie intégrante de la formation.

Nous y offrons toutes les clés, techniques et facettes de notre façon de travailler, mais nous y travaillons aussi sur les caractéristiques de chaque stagiaire pour créer leur propre concept, avec leurs possibilités, leurs qualités, et leurs propres énergies.

La formation a lieu sur 3 jours, elle a été « labelisée » par une Charte et une certification de fin de formation, afin que les photographes « E.S.T.I.M » puissent s’appuyer sur nos acquis tout au long de la création de leur concept. Le suivi et les conseils continuent après les 3 jours.

Étendons un peu le sujet de la formation : depuis quelques mois, il est à noter une recrudescence de photographes proposant des formations sur une multitude de sujets, du portrait au paysage en passant par le coaching. La plupart de ces formateurs sont jeunes, ont un profil et un  discours d’entrepreneurs à défaut de proposer un travail photographique construit et expérimenté. Quelle est ton analyse de cette situation ? Quelles sont, pour toi, les qualités indispensables d’un photographe souhaitant proposer des formations en complément de ses prestations de prises de vues ? Quels conseils donnerais-tu pour bien choisir sa formation en photographie ?

C’est une question délicate, car personne ne peut vraiment juger du travail fourni lors d’une formation à part en l’ayant suivi. J’ai personnellement suivi de nombreuses  formations de tout genre depuis mes débuts (3 à 5 par an), c’était une partie très importante de mon activité, qui fait qu’aujourd’hui je travaille mieux techniquement qu’à mes débuts (pas trop difficile ahah). Étant autodidacte, c’était plus que nécessaire : toutes les formations m’ont apporté quelque chose, ne serait-ce que dans le partage, donc je ne peux que conseiller à chacun d’en suivre plein, comme le cœur leur en dit, sur les sujets qui les font vibrer.

Bien entendu, il me semble utile d’aller vérifier que ce photographe ait les qualités qu’il dit avoir, de découvrir son travail, et vérifier qu’il fait des séances en clientèle et non pas qu’en shootings collaboratifs ou d’inspiration. Que le formateur gagne sa vie avec la photo peut être un plus (surtout si c’est la
vente le sujet de la formation !) mais ça peut aussi être un grand artiste qui ne sait pas bien se vendre…

Tu es également impliquée localement dans la promotion et la défense de la profession de photographe. Souhaites-tu nous en dire deux mots pour conclure notre entretien ?

En effet : j’ai rejoins le GNPP, actuellement FFPMI, en 2012, je n’y ai pas trouvé ma place tout de suite, mais je voulais m’investir dans mon métier et cela me semblait important. J’ai commencé à vraiment participer à la promotion et à la défense de la profession vers 2014 et jusqu’en 2016 avec la période « Les Artisans photographes du SUD »
dit le LAPS.

Également sur le groupe Facebook « Informations autour des métiers de l’image » qui a bien évolué depuis ses débuts. Sur le principe, je suis toujours à l’écoute et très engagée, suivant mes disponibilités de vie, et je suis très heureuse de voir  aujourd’hui émerger autant de belles choses de la FFPMI, qui a depuis quelques temps bien repris son rôle et son activité d’OPCO.

Je reste donc dans le navire, nous verrons bien jusqu’où, selon les besoins. Faire partie de ce type de groupements est toujours porteur pour son activité, cela booste et permet d’avancer au quotidien.

Où trouver Priscilla Gissot ?

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