Profession Photographe
un magazine de grandes valeurs

A l’heure où les médias indépendants ont de plus en plus de difficultés à exister face aux grands groupes de presse, le magazine Profession Photographe vient de publier son 50ème numéro ! Quand on réalise l’impact qu’a eu la pandémie de 2020 sur l’activité des photographes professionnels, venant clôturer une décennie de fragilisation du secteur, on ne peut que féliciter toute l’équipe de ce magazine pour avoir tenu bon et être plus que jamais le relai des actualités, talents et événements faisant battre le monde de l’image.

Tout cela méritait bien une interview, et nous sommes très heureux de donner la parole à Pascal Quittemelle, directeur de la publication et rédacteur en chef du magazine Profession Photographe, et figure engagée du monde de la photo depuis plus de 30 ans.  

Nous en profitons pour rappeler dès à présent que Profession Photographe est partenaire de Label Photographie, en faisant profiter à tous nos membres d’un abonnement à tarif préférentiel. Chaque abonnement participe au financement et à la pérennité de ce magazine essentiel pour nous professionnels. Celui-ci ne touche aucune subvention ni aide d’état, donc si vous n’êtes pas encore abonnés, c’est le moment de sauter le pas, nous comptons sur vous !

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© Franck Lecrenay

L'homme derrière le magazine

Bonjour Pascal, et merci d’avoir accepté cet entretien pour nous parler du magazine Profession Photographe, que tu diriges depuis 2012. Avant d’aborder en détails l’aventure de ce magazine, pourrais-tu te présenter pour celles et ceux qui n’ont pas encore la chance de te connaître ?

Bonjour Pierre-Louis ! Je me suis installé comme photographe le 1er janvier 1987, ça fera donc 35 ans dans quelques mois ! J’ai tout d’abord été pigiste pendant quatre ans et demi pour Ouest-France, et je collaborais également pour plusieurs magazines, quelques institutions et agences.

Puis en 1992, avec mon épouse et nos deux filles, nous sommes partis nous installer au Canada, où nous sommes restés six ans. Du Québec, je travaillais pour plusieurs quotidiens français, des magazines et une dizaine d’agences d’illustrations dans le monde. Nous sommes rentrés en France en 1998, à la fois pour des raisons familiales et économiques.

Je me suis réinstallé comme photographe auteur à Alençon (61 – Orne), tout en continuant à travailler pour des agences et assez régulièrement pour quelques magazines… On va dire jusqu’en 2008. Lorsque les microstocks ont commencé à tuer le marché de la photographie d’illustration.

Comme exemple, en ce qui me concerne, j’avais fait une photo d’automne au Québec que je vendais régulièrement plusieurs fois par an. Avec cette photo, j’ai fait plusieurs couvertures de livres, de magazines, des cartes postales, des calendriers, doubles pages dans les magazines, des affiches, un poster, etc. Du jour où des agences comme « Poubellia » sont arrivées, je n’ai plus jamais vendu cette photo !

© Pascal Quittemelle

C’est à partir de ce moment là que tu as décidé de lancer Profession Photographe ?

En fait, cela s’est passé en deux temps. Le magazine Le Photographe a disparu l’année de son centenaire, et a laissé un grand vide pour les photographes ! Dès 2008, j’ai créé une entreprise, l’APPPF, d’abord pour organiser un concours, les Photographies de l’année, puis après la disparition de la revue Le Photographe, j’ai protégé le titre Profession Photographe à l’INPI, avec l’intention de créer un magazine pour les professionnels ou ceux qui veulent le devenir. En 2008, c’était la fameuse crise économique, à la suite du krak de l’automne 2008. J’ai donc attendu l’automne 2012 pour lancer le premier numéro de Profession Photographe, au Mans !

J’ai eu envie de faire le magazine que j’aurais aimé avoir lorsque je me suis installé…

Quelle équipe se cache derrière Profession Photographe ?

Une toute petite équipe… Émilie, ma fille, est journaliste à plein temps, Magali est notre directrice artistique, nous avons des collaborateurs réguliers, Pascale Brites, Emmanuel Berck, Éric Delamarre, Rémy Duroir, Bruno des Gayets, Bernard Jolivalt, Didier Leplat, Alexandra Pasquer, et d’autres qui viennent se greffer de temps en temps.

Sans oublier mon épouse et de temps en temps Marie, ma seconde fille, toutes les deux bénévoles !

© Studio Fou d'images

Informer - Défendre - Montrer

Venons-en au magazine lui-même et à son contenu. Comment définirais-tu le concept de Profession Photographe ?

En synthèse : informer les photographes sur les arcanes du métier. Profession Photographe informe ses lecteurs sur tout ce qui touche à l’exercice de leur profession : information juridique, comptable, technique, économique, associative, actualités sur les expositions, les festivals, les livres… Profession Photographe rappelle régulièrement les règles légales en la matière et met en évidence les bonnes pratiques et ceux qui les mettent en œuvre. À l’inverse, il s’applique à dénoncer le non-respect des lois et les auteurs des infractions.

Et parce défendre notre métier, c’est aussi montrer le travail des photographes, Profession Photographe réserve une large place à la photo avec pour volonté de montrer les tendances de toute la photographie : portrait, mariage, architecture, sport, photojournalisme, art, etc.

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A quoi ressemblait le premier numéro de Profession Photographe paru en 2012 ?

Il faisait déjà 100 pages, avec un titre on ne peut plus explicite : D.R. qui veut la peau des photographes ? Il était au format A4, piqûre simple, c’est-à-dire deux agrafes sur le côté. Nous sommes passés au dos carré collé à partir du numéro 27, lorsque nous avons essayé le kiosque…

La structure du magazine était déjà un peu la même. Mais il y a eu une nouvelle maquette à partir du numéro 15, réalisée par Camille Lagoarde. On améliore des petites choses régulièrement. Au fur et à mesure, il a des collaborations qui cessent, d’autres qui arrivent, la vie d’un magazine quoi !

En plus de l’abonnement au format papier, un abonnement au format numérique du magazine est proposé depuis peu. Pourtant, Profession Photographe reste absent des kiosques à journaux. Pourquoi ce choix ?

Nous avons essayé d’être en kiosque. Du numéro 27 au 31 pour être exact. Mais pour une petite entreprise comme la mienne ce n’est pas viable économiquement. J’ai perdu plusieurs milliers d’euros dans cette expérience. Pour pouvoir en vendre 2 500 magazines en kiosque, il faut en imprimer 10 000 exemplaires !

7 500 exemplaires sont donc détruits. Ça n’a pas de sens d’imprimer 10 000 exemplaires pour en détruire 7 500.

Qui plus est, certains kiosques ou maisons de la presse ne le mettaient même pas en rayon et le gardaient en réserve… au cas où quelqu’un le demanderait… Comme ça il faisait partie des invendus. Et au bout de trois numéros invendus, ils demandaient aux messageries de presse de ne plus l’avoir… Parce qu’il ne se vendait pas !

C’est pourquoi je dis toujours aux annonceurs de ne pas se fier aux tirages annoncés, mais plutôt au nombre d’exemplaires vendus, ou en ce qui nous concerne, au nombre d’exemplaires envoyés aux abonnés !

Les défis pour durer

Nous l’évoquions en introduction : Profession Photographe a fêté la publication de son 50ème numéro, et par la même occasion une longévité de presque 10 ans. Pour un magazine indépendant s’adressant à un lectorat spécifique, c’est une belle réussite Le format du magazine a-t-il évolué au fil du temps, et s’est-il adapté suite à la pandémie de COVID-19 ?

Le format n’a pas changé depuis le début, tout comme le contenu  : informer et donner des outils pour les photographes.

Depuis le premier confinement, nous augmentons régulièrement notre nombre d’abonnés. En partie grâce à des partenariats avec les organisations professionnelles, avec des groupes ou des associations et même des partenaires privés, qui partagent le même but que nous, informer et défendre la profession !

Et nous sommes très heureux de faire partie de tes partenaires ! Alors que le 51ème numéro de Profession Photographe est tout juste livré aux photographes abonnés, quel est ton état d’esprit ?

J’ai toujours la passion. Même si le coronavirus a fait beaucoup de dégâts.  J’ai dû fermer mon espace photographique, qui faisait galerie et librairie photo, et la rédaction du magazine.

J’ai arrêté le concours des Photographies de l’année, puis le festival photo de Bellême… Mais aussi ma collaboration pour les festivals photographiques de Cholet et de Dax. Ce dernier a même disparu avec l’arrivée d’une nouvelle équipe à la mairie de Dax !

Depuis quelques mois ça va mieux, nous avons recommencé à nous déplacer sur les festivals, congrès et salons… Mais tout est encore fragile.

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Quels sont les prochains objectifs de Profession Photographe ?

Le premier objectif serait d’atteindre les 2 000 abonnés en 2022 ! Et si possible avoir deux ou trois annonceurs de plus par numéro.

Des anecdotes en pagaille

Un projet qui dure depuis 2012 accumule forcément les anecdotes. Quel a été, pour toi, l’article le plus marquant publié par Profession Photographe, celui qui t’a procuré le plus de fierté ?

C’est difficile d’en sortir un en particulier. Il y a eu des dossiers qui, je l’espère, ont aidé les photographes. Surtout ceux sur les statuts, sur l’originalité de l’œuvre, sur l’autoédition, sur la conservation des fonds photographiques, sur les MOF en photographie, etc.

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Quelle a été la plus belle rencontre que ce magazine t’a permis de faire ?

Là aussi, c’est compliqué : Lucien Clergue, Guy Le Querrec, Sabine Weiss, Éric Bouvet, Uwe Ommer, Marc Garanger, Jane Evelyn Atwood, Gérard Vandystadt, Jean-Luc Monterosso, Hans Silvester, Bruno Barbey, Bernard Plossu ou encore Olivier Grunewald.

Mais aussi Françoise Huguier, Reza, Jean-Claude Gautrand, Peter Knapp, Frank Horvat, Jean Gaumy, Jean-Claude Coutausse, Gérard Rancinan, Francis Latreille, Véronique de Viguerie, Christine et Michel Denis-Huot, Dingo, Sabine Pigalle, Michel Setboun, et j’en oublie, tous ces gens ont bien voulu répondre aux questions de nos journalistes.

Donc, je dirai que la plus belle rencontre est à venir !

Et à l’opposé, quelle a été la plus grosse galère que tu aies dû gérer dans le cadre de la production ou de la promotion de Profession Photographe ?

Peut-être lors du numéro 3… Le transporteur a fait tomber une palette de 600 exemplaires, qui ont tous fini à la benne ! Il y eu un (petit) problème d’encre sur certaines pages et sur une centaine de numéros, le magazine commençait à la page 10 !

Je crois que sur ce numéro 3, nous avons tout eu.

Le mot de la fin

Un dernier mot ?

Lorsque j’ai créé le magazine, comme je m’étais beaucoup impliqué (comme d’autres) dans la défense de la profession, notamment au sein de l’UPC, devenue UPP, j’avais pensé que mes « camarades » s’abonneraient spontanément. En effet, je suis à l’origine de l’exonération de la taxe professionnelle pour tous les auteurs de France (à l’AGESSA à l’époque) !

Je pensais donc que les photographes qui avaient économisé de 400 euros à plusieurs milliers d’euros par an… depuis 2004, en guise de reconnaissance s’abonneraient nombreux au magazine !

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