La retouche numérique, c'est de la triche ?

Mise en perspective et pistes de reflexion

Autant que la bataille entre pro-argentique et pro-numérique, la retouche photo reste un sujet fortement polémique. A ce propos, des idées reçues telles que “du temps de l’argentique, les photos n’étaient pas retouchées” , “qu’à l’époque on savait faire des photos ” , et qu’aujourd’hui “c’est l’appareil qui fait les images ” ont encore la vie dure.

Alors, le photographe d’aujourd’hui a-t-il encore du mérite à pratiquer sa passion ? Les professionnels sont-ils soumis aux automatismes de leurs appareils ? Les graphistes ont-ils remplacés les photographes ? Heureusement non !

Les photographes peuvent travailler en réglages manuels, faire eux-même les mesures, imposer leurs réglages à l’appareil pour obtenir une photo conforme à ce que l’on appelle leur « signature photographique ». Autrement dit leur style, ou ce qui correspondra à ce qu’ils veulent transmettre du sujet photographié. La même image peut être prise de mille façons différentes selon les réglages que le photographe aura choisis.

Mais la photographie ne se limite pas à la prise de vue, abordons l’autre partie, la retouche… 

L'art de la retouche à l'époque de l'argentique

Lorsque je travaillais à l’argentique, selon ce que j’allais photographier, je choisissais le film qui correspondait à l’ambiance que je voulais donner à mes images.

Certaines pellicules noir et blanc offraient beaucoup de contrastes et peu de gris, donnant une ambiance très graphique, parfois dramatique aux images. D’autres films, moins contrastés, offraient de magnifiques palettes de gris, du plus clair au plus foncé, tout en nuance, permettant de retranscrire le sujet photographié avec beaucoup plus de douceur.

De la même façon, je bénéficiais de nombreuses références de pellicules couleurs, des plus saturées aux plus pastels, que je choisissais là aussi, selon ce que j’allais photographier et ce que je voulais faire ressortir.

Au-delà du choix de la pellicule, la retouche photo existait même en argentique. Il arrivait souvent que les photographes travaillent  avec leur développeur pour améliorer l’image, faire qu’elle corresponde à ce que lui voulait voir et montrer au moment de déclencher.

Car le travail du photographe c’est d’avoir une vraie vision, et pas juste une copie de la réalité. Être photographe c’est avoir un regard différent et finalement en quelque sorte interpréter une réalité pour la rendre plus « lisible ». Et ainsi amener notre attention sur un point particulier de l’image qu’il aura jugé comme étant essentiel.

Magnum Photos est certainement la plus grande agence de photographes de reportage du monde, ses photographes les plus célèbres ont travaillé avec des développeurs qui étaient de véritables artistes. Cela il y a plus de 50 ans déjà, soit bien avant l’essor des logiciels de retouche numérique.

On dit souvent que développer une photo est une deuxième prise de vue ! Pablo Inirio est l’un de ces magiciens de la chambre noire, du négatif au révélateur. Il a travaillé pour les plus grands photographes et nous a dévoilé une partie de ses secrets de fabrication sur des photographies qui ont fait le tour du monde.

Voici quelques unes de ces images, à gauche le résultat, à droite l’original avec les annotations de retouches du développeur.

Illustration de retouche argentique réalisée par un tireur, à comparer aux outils de retouche numérique actuels.
Mohammed Ali photographié par Thomas Hoepker, 1966
Audrey Hepburn photographiée par Dennis Stock
James Dean sur Times Square photographié par Dennis Stock
Henri Cartier-Bresson photographié par Bob Henriques

Et la retouche numérique dans tout ça ?

Aujourd’hui, lorsque je shoote avec mon reflex numérique, je sélectionne un format de fichier que l’on appelle « RAW » traduire « brut ». En conséquence, les images que je télécharge sur mon ordinateur n’ont pas d’autres caractéristiques que celles correspondant aux réglages de mon appareil : ouverture, vitesse, sensibilité, focale, etc.. C’est donc a-posteriori que je vais  « choisir » ou créer ma pellicule : ce que je faisais avant la prise de vue en argentique, je le fais à présent après la prise de vue en numérique.

C’est avec mes programmes de traitement d’images que je vais opter pour du noir et blanc, puis ajuster les contrastes et les niveaux de gris. Idem pour la couleur et sa température, son rendu plus ou moins saturé, et de manière plus ou moins sélective. Ce sont chacun de ces choix qui aboutiront à l’image souhaitée, mon image, et me permettront de créer une atmosphère particulière, de raconter une histoire…

La retouche numérique est un ensemble de techniques et de connaissances, ce sont des décisions et des partis-pris. Il est donc réducteur, voire hors-sujet, de considérer cela comme « de la triche ».

D’autant que ces techniques, bien que plus accessibles aujourd’hui que le savoir-faire d’un retoucheur du temps de l’argentique, demandent un travail supplémentaire au photographe après la phase de prise de vue. Quant aux autres retouches dites de beauté, visages et corps par exemple, c’est un autre sujet qui lui aussi peut être tout à fait défendable lorsque ces retouches là ne sont pas pratiquées abusivement en s’éloignant de la cohérence du sujet photographié.

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